Lorsque j’étais enceinte, la question de l’allaitement au sein ou au biberon a été l’une de mes principales préoccupations.

J’ai pris la décision d’allaiter au sein sans savoir combien de temps je m’y tiendrais. J’étais primipare 1, donc totalement perdue dans la jungle d’informations et de questionnements que provoque une grossesse !

L’histoire de notre allaitement s’est construite à deux, entre ma fille et moi. Loin de moi l’idée d’exclure le papa de cette aventure, mais je l’ai ressenti ainsi. Une fusion de nos deux corps, de vrais moments de partage. Des difficultés aussi, il ne faut pas le nier, mais au final, vraiment plus de bons souvenirs que de mauvais pour ma part !

Notre aventure lactée a duré 3 ans ! Et je ne m’y attendais pas !

Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que cet article a pour but d’éclairer et d’informer sur les options qui sont proposées pour l’allaitement, et ne se veut en aucun cas jugeant ou discriminant.

Chaque femme a le droit d’envisager la façon dont elle nourrira son enfant comme elle l’entend, suivant ses envies et convictions mais aussi ses possibilités.

Le lait maternel, c’est quoi exactement ?

Lors de l’allaitement au sein, le colostrum est un premier lait disponible entre 24 et 48 heures après la naissance.
Riche en protéines et en anticorps, il est l’allié de bébé pour les 3 premiers jours de sa vie environ.
Puis le lait devient plus mature et apporte tous les nutriments nécessaires au bon développement de l’enfant. Il est composé de :

  • protéines
  • vitamines
  • sels minéraux
  • graisses
  • sucre
  • oligoéléments

Le lait est évolutif et change au fur et à mesure de l’allaitement pour s’adapter aux besoins de bébé. Même si les apports en protéines, minéraux et vitamines sont présents en moindre quantité que dans les laits infantiles, leur qualité est supérieure. Le taux protéique, plus bas que celui de vache employé habituellement dans les substituts, serait un facteur de lutte contre une obésité potentielle future.

Également exempt de bétalactaglobuline qui est un allergène majeur du lait (avec les caséines) d’autres mammifères tels que la vache, la chèvre, ou la brebis par exemple, le lait humain est donc d’une façon évidente le plus adapté à la croissance de l’enfant.

Toutefois, une supplémentation en vitamine D peut-être recommandée du fait du peu d’exposition au soleil des futures mamans (ce qui est le cas de la majeure partie de la population sous nos latitudes). Cette vitamine est indispensable au bon métabolisme osseux.

Le fer peut également être amené en complément si la maman est carencée, ce qui peut conduire à une anémie lors de la grossesse du fait de l’augmentation du volume sanguin et des besoins en oxygène

La vitamine K est plus que conseillée également pour prévenir les risques d’hémorragies néonatales.

Et les laits de substitution alors ?

Produits à partir du lait de vache la plupart du temps, on trouve dans leur composition, comme pour celui des humaines, des protéines, des graisses, des glucides, des sels minéraux, bref, on dirait presque qu’il est fait pour nous aussi !

Eh bien non, il est très éloigné de la composition idéale au contraire.

Ce qui diffère ?

Le pourcentage de protéines insolubles (caséine) dans un premier temps, bien trop élevé pour convenir aux bébés et difficile à digérer.

Ce taux élevé de protéines est compréhensible lorsque nous revient en mémoire que ce lait est conçu pour faire grandir un veau, qui n’a pas les mêmes besoins physiologiques qu’un bébé.

Les graisses polyinsaturées (ou Oméga 3 et 6) sont présentes en quantité insuffisante pour assurer le bon développement du cerveau et de la vision du nourrisson.

Le lait de vache contient moins de lactose et de fer, mais trop d’autres minéraux

Les industriels l’ont bien compris, ce lait est très éloigné du nôtre. Aussi, déploient-ils des trésors d’ingéniosité et de manipulations pour arriver à en faire un produit le plus approchant possible.

Après écrémage et pasteurisation, il faut ensuite l’enrichir en protéines solubles, en lactose, en vitamines du groupe B, C, D et E, en minéraux et acides aminés (dont taurine). Des huiles de poisson, des probiotiques et des fibres peuvent aussi faire partie des ajouts.

Par ailleurs, il semble que la plupart des laits infantiles seraient contaminés à l’aluminium. Totalement absent de l’organisme, celui-ci est toxique et pourrait être à l’origine de nombreuses perturbations biologiques

Parlons éthique à présent

Oui, mais la vache, si on ne la trait pas, elle souffre !

Nombre d’entre nous ont certainement déjà entendu cette phrase.

Alors oui, et non.

Oui la vache peut souffrir si on ne la trait pas, mais elle ne souffrirait pas si on lui avait laissé son veau qui régulerait sa lactation.

Quant aux manipulations génétiques en vue d’un rendement plus important, elles ont créé des races « laitières » qui produisent plus de lait que ce que la nature a prévu, provoquant ainsi en effet le besoin d’être traites.

Car tout comme la femme, la vache ne produit du lait que s’il y a un petit à nourrir. C’est pour cette raison que les vaches sont inséminées une fois par an pour qu’il y ait mise bas, puis lactation. La plupart du temps, les veaux sont séparés de leur mère à la naissance ou quelques jours après.

Crédits Pixabay

Ceux élevés « sous la mère » leur sont amenés une à deux fois par jour pour la tétée.

Mais pour tous, au bout de 5 à 6 mois, c’est direction l’abattoir pour les mâles, et entrée dans le circuit des vaches laitières pour les génisses.

La durée de vie moyenne d’une vache à lait est d’environ 5 ans. Elle prendra ensuite également le chemin de l’abattoir sous le nom de « vache de réforme ».

L’espérance de vie des bovins peut aller jusqu’à l’âge de 20 ans s’ils ne sont pas exploités

Je suis végane et/ou sensible à la cause animale, du coup, je fais quoi si je ne veux ou ne peux pas allaiter mon bébé au sein

Certaines maladies touchant la maman telles que le cancer, le VIH ou la tuberculose par exemple, mais aussi des maladies liées à un déficit enzymatique chez l’enfant (galactosémie ou phénylcétonurie), peuvent en effet rendre l’allaitement au sein impossible

Il existe des laits végétaux infantiles à base de soja ou de riz. Sujets à controverses comme souvent pour les substituts végétaux, ils sont toutefois plébiscités par les parents qui souhaitent trouver une alternative végétale.

À ne surtout pas confondre avec les « laits végétaux » maintenant appelés « jus » qui sont totalement inadaptés aux besoins nutritionnels du nourrisson, ils sont, tout comme les laits de substituts élaborés à partir de lait de vache, enrichis en protéines (végétales), sucre autre que le lactose (maltodextrine), huiles, acides aminés, minéraux et vitamines.

L’allaitement au sein, une histoire de femmes ?

Oui, bien sûr, c’est le corps de la femme qui produit le lait, qui nourrit l’enfant. Mais l’allaitement est souvent sujet à débat dans nos sociétés occidentales.

Pourtant, ailleurs dans le monde, l’allaitement au sein est la norme, voire une question de survie dans certains pays en voie de développement. D’après l’Unicef, les enfants allaités les premiers mois auraient au moins 6 fois plus de chances de survie que les autres.

Alors, pourquoi n’est-il pas plus favorisé et valorisé dans nos sociétés ?

L’OMS recommande un allaitement exclusif au sein jusqu’au 6ème mois pour que le bébé profite de tous les bienfaits du lait maternel. Elle conseille également la poursuite d’un allaitement partiel en complément de la diversification jusqu’aux 2 ans ou plus de l’enfant.

Une étude menée par ELFE (Étude Longitudinale Française depuis l’Enfance) montre que même si 70 % des bébés sont allaités au sein à la naissance, peu d’entre eux le sont encore à 6 mois (environ 19 %). Certains facteurs et indicateurs comme l’âge de la mère, le milieu socioculturel, la présence du père à l’accouchement sont propices à encourager un allaitement plus long, mais nous sommes quand même toujours loin des recommandations de l’OMS

Quelles raisons peuvent donc mener les femmes à ne pas vouloir allaiter au sein ?

À mes yeux, plusieurs facteurs sont responsables de ce manque d’engouement.

La question du féminisme :

  • pour certain.e.s, la femme doit être reconnue comme la nature l’a voulue, avec ses fonctions biologiques telles que les menstruations, l’enfantement, l’allaitement sans que cela soit un frein à son évolution dans la société, tant au niveau privé que professionnel.
  • pour d’autres, toutes ces fonctions sont considérées comme un frein à l’épanouissement de la femme et fait partie des combats à mener pour l’égalité homme-femme.

L’hypersexualisation ou objectification sexuelle du corps féminin.

Lorsque j’allaitais ma fille, j’avoue que je n’étais pas à l’aise à l’idée de dévoiler mon sein devant d’autres personnes. Je me suis même vue laisser pleurer mon bébé un jour et préférer rentrer chez moi en courant presque pour l’allaiter au lieu de m’asseoir dans un endroit public pour la nourrir.

Aberrant, c’est le mot qui me vient à présent à l’évocation de ce souvenir.

Pourquoi ai-je eu cette réaction ? Car c’est un fait, dans nos sociétés, le corps de la femme et sa poitrine en particulier, renvoient au fantasme et à la sexualité. Les médias et publicités font la part belle à cette façon de mettre le corps féminin en scène, stigmatisant ainsi celles qui osent dénuder leur poitrine en public.

Pourtant, comme nous le prouvent les pays scandinaves tout particulièrement, il est possible de concilier allaitement et vie de femme active.

Certaines mesures pourraient faire augmenter le taux d’allaitement au sein d’une façon significative :

  • un bon accompagnement des parents dès la grossesse et après l’accouchement dans la mise en route et le suivi de l’allaitement. Car même si celui-ci est naturel, il n’est pas forcément évident à initier et à faire perdurer dans le temps.
  • un congé maternité plus long et suivi d’un congé paternité obligatoire de même durée pour que la parité soit respectée et que l’investissement de chaque parent soit équivalent.
  • des formations pro allaitement pour les médecins et personnels hospitaliers.
  • l’interdiction des publicités pour laits infantiles
  • aménagement de lieux dédiés de façon obligatoire dans chaque entreprise pour que les femmes puissent soit allaiter leur bébé soit tirer leur lait.

L’allaitement au sein doit être un choix personnel de la femme qui est la seule à pouvoir décider de ce qu’elle souhaite faire de son corps.

Dans une société où le jugement serait absent et où cette pratique serait reconnue tant pour ses bienfaits pour l’enfant que pour la mère, l’allaitement pourrait alors à nouveau apparaître comme le mode de nourrissage idéal.

S@WiTi

  1. Se dit d’une femme qui accouche pour la première fois.