“J’ai couru, couru si vite après lui ! J’étais sûr que j’allais l’avoir. Mon instinct me disait que c’était ce qu’il fallait faire, alors j’ai couru. Nous étions une dizaine à vouloir l’attraper, ce lièvre.

Mon « maître » m’avait entraîné auparavant, et je les avais tous eus. Mais là, nous étions deux à être si proches du lièvre… et l’autre a couru plus vite.

Alors il a gagné. Gagné le droit de vivre. De vivre un peu plus longtemps que moi.

J’ai compris que ma vie était finie lorsqu’il m’a attaché une corde autour du cou, et qu’il m’a traîné vers l’arbre. Il a attaché la corde à la branche, mon corps s’est soulevé. J’ai senti la corde se serrer autour de mon cou, j’étais prêt à mourir, j’avais déjà trop souffert sous les coups que mon « maître » m’avait administré après ma défaite. Mais aussi avant, depuis ma naissance à vrai dire. Je ne me souviens pas d’une journée sans coups, sans brûlures de cigarettes, sans coups de pied ou coups de poings. J’étais prêt à quitter cette vie qui n’avait été que misère et souffrance, mais c’était sans compter cette dernière épreuve. La mort lente par pendaison, celle dite du « pianiste »* ou « dactylo ».

Mes pattes touchaient suffisamment le sol pour que je garde l’espoir de m’en sortir, mais pas assez pour que cela n’arrive vraiment. Mon agonie fut lente et douloureuse, sous le regard satisfait du galguero récupérant ainsi l’honneur que je lui avais volé en n’étant pas le vainqueur de la chasse. C’est de cette manière barbare que se termine ma courte de vie. Soulagement lorsque tout s’arrête enfin, mais laissant dans le sillage de ce que fut mon existence, un goût d’horreur et d’injustice insupportable”.


Chaque année, en Espagne, environ 50 000 galgos et podencos connaissent un sort similaire à celui relaté ci-dessus. Leur espérance de vie est d’environ 3 ans, 4 au mieux, à partir du moment où ils ne sont plus considérés comme assez performants pour la chasse.

Les galgos, ces magnifiques chiens lévriers, naissent de femelles galgas utilisées exclusivement pour la reproduction, vivant enfermées dans le noir souvent à même le sol, très peu nourries, souvent de quignons de pain. Exploitées durant des années, celles-ci finissent tuées ou abandonnées lorsqu’elles deviennent trop vieilles.

Lorsqu’elles survivent à ces conditions effroyables de début de vie, les femelles sont gardées pour la reproduction. Les petits mâles sont utilisés pour la « tradition ancestrale » qu’est la chasse au lièvre sans fusil (pratique interdite en France depuis 1844). Celle-ci consiste à lâcher un lièvre et à lancer les chiens à sa poursuite.

Le vainqueur aura la vie sauve, même si elle n’est guère enviable. Les perdants sont au mieux battus et gardés pour d’autres chasses, au pire tués de diverses manières, l’imagination macabre et sadique des galgueros n’ayant pas de limite :brûlés vifs, traînés derrière des voitures, battus à mort, torturés, jetés dans des puits (pratique de plus en plus fréquente car cela ne se voit pas), piqués à l’eau de javel, abandonnés les deux pattes avant cassées, blessés au couteau, les yeux crevés, des membres à vif, pendus…

Les puces électroniques sont également souvent arrachées au couteau du cou des chiens, leur laissant ainsi des plaies béantes.

Ceux qui seront « juste » abandonnés à leur sort, souvent proches des villes ou autoroutes, sont infestés de parasites (gale, tiques) ce qui, doublé avec le manque de nourriture, ne leur laisse guère de chance de survivre.

D’autant que la plus grande partie de la population n’a aucune compassion pour ces animaux considérés comme des outils de travail, et non comme des êtres vivants doués de sensibilité  

Ils peuvent aussi être abandonnés dans les « perreras », aussi appelées couloirs de la mort.

Les chiens qui arrivent dans ces lieux, n’ont aucune chance d’en sortir vivants. 12 jours après (14 au mieux suivant les provinces). À moins qu’une association (telle que Lévriers sans frontières, le CREL ou Galgos France) n’arrive à les en faire sortir pour les soigner et les proposer à l’adoption, ils sont gazés. Durant cette période, ils ne sont pas soignés, même s’ils sont blessés ou malades, sont à peine nourris, laissés à l’abandon dans l’attente de la mort.

Il existe également des chenils sauvages où les chiens sont séquestrés dans des conditions guère plus enviables que celles des perreras. Pour exemple, le chenil de Guardiaro où des centaines de chiens vivaient dans des cabanes en bois sous une chaleur accablante sans eau ni nourriture. Un espoir cependant, car Eduardo Aranyó, du Pacma (Parti de Défense des Animaux), après avoir déposé plusieurs plaintes contre les propriétaires, a vu ses efforts aboutir avec des condamnations allant de 2000 à 30 000 euros pour infraction aux règles sanitaires.

Toutefois, les mentalités semblent évoluer un peu. Un éleveur et président d’une association de chasse a été condamné fin 2013 à Tolède à 7 mois et demi de prison pour avoir pendu deux de ses chiens. Mais ces cas sont rares, et pendant ce temps, les chiens continuent à vivre dans des conditions atroces.                                                           

Esperanza

Pour conclure, je tenais à vous parler d’Esperanza. Cette galga martyre fut la première dont j’ai entendu parler il y a quelques années, et m’a fait prendre conscience de l’horreur de ce que vivent les galgos et podencos dans les provinces espagnoles. Décédée à ce jour, elle fut sauvée et s’est battue de toutes ses forces pour vivre malgré son passé douloureux. Cette petite chienne, si courageuse et si emblématique du calvaire des galgos et du combat que mènent les associations sur place, doit nous amener à ouvrir les yeux sur ces pratiques, et à faire en sorte qu’elles soient éradiquées.

Esperanza, son combat pour la vie :

Par S@WiTi


*Le supplice du pianiste consiste à pendre le chien avec les postérieurs touchant le sol, ses antérieurs qui s’agitent faisant penser à un pianiste : https://frama.link/t75_UjpD(Ma vie de galgo)

Sources :