Singes, éléphants, perroquets, tortues, caméléons, poissons… Le marché noir d’animaux exotiques touche un grand nombre d’espèces et concerne aussi bien les animaux que les parties d’animaux et produits dérivés qui en sont issus. Lucratif pour les braconniers, ce trafic constitue un problème d’envergure mondiale et amène certaines espèces animales au bord de l’extinction.

Une manne financière considérable

160 milliards d’euros, c’est la somme que rapporterait chaque année le trafic d’animaux exotiques qui se place en troisième position des activités illégales derrière le trafic de drogue et celui des armes. Outre des sommes considérables qui financent le crime organisé et des groupes paramilitaires et terroristes, ce trafic est à l’origine de la disparition d’espèces animales, ce que déplore le Fonds mondial pour la nature, l’organisation WWF. Celle-ci démontre que « 52 % des animaux sauvages ont disparu de la planète depuis 1970 ». Le trafic d’animaux n’est pas étranger à ce constat et, pour ne rien arranger, plus une espèce est rare et plus sa cote augmente, devenant ainsi de plus en plus convoitée et menacée.

Du remède traditionnel aux vêtements

Les animaux victimes de trafic sont notamment recherchés en pharmacopée pour la fabrication de remèdes traditionnels, très répandus en Asie et en Afrique. C’est ainsi que la population de tigres, dont les os entrent dans la composition de médicaments sur le continent asiatique, a diminué de 95 % depuis le début du XXème siècle.

C’est aussi le cas du pangolin qui voit sa population diminuer à vitesse grand V. Petit mammifère insectivore au corps recouvert d’écailles, il détient le triste record de l’animal le plus braconné au monde. Réduites en poudre, ses écailles sont réputées soigner près d’une trentaine d’infections dans la médecine traditionnelle chinoise, bien que cela n’ait jamais été prouvé, les écailles étant composées en majeure partie de kératine qui ne contient à priori aucun principe actif.

Pangolin dans une réserve en Afrique du Sud (string_bass_dave, www.flickr.com )

Les cornes de rhinocéros ou les vésicules biliaires et la bile d’ours, également traditionnellement employés à des fins médicinales, ont aussi provoqué un fort déclin de la population de ces deux espèces.

Quant à l’ivoire, sa grande valeur sur le marché noir est à l’origine de la diminution inquiétante de la population d’éléphants, passée d’environ 4 millions d’individus à 415 000 en moins d’un siècle. Bien que son commerce soit illégal depuis 1989, « l’or blanc » est très recherché notamment en Chine, où il peut être transformé en statues, bijoux, sculptures ou baguettes.

Les éléphants, une espèce menacée par le braconnage (Skeeze, www.pixabay.com)

Les animaux victimes de la contrebande peuvent aussi être utilisés pour la fabrication de bijoux ou de vêtements, allant des coquillages aux tortues pour leurs carapaces, en passant par les oiseaux pour leurs plumes et aux reptiles pour leurs peaux. Enfin, des animaux sont simplement vendus vivants, destinés à des particuliers ou collectionneurs qui souhaitent acquérir un animal rare.

Au Brésil, un trafic en plein essor

Les continents les plus touchés par le trafic d’animaux exotiques sont l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud, avec en particulier le Brésil dont la diversité de la faune attire les trafiquants. On estime que 10 % des animaux vendus au marché noir provient de ce seul pays. Les oiseaux y sont notamment très recherchés en raison de leur diversité et de la variété de couleurs de leur plumage.

Qu’il s’agisse d’oiseaux, de singes, de tortues ou de serpents, les animaux sont enlevés à leur milieu naturel par les trafiquants avant d’être vendus, le plus souvent sur les étales des marchés, comme de banals produits de consommation. Pour endiguer ce trafic, les autorités brésiliennes ont réagi en créant des bataillons de police militaire environnementale en 1983. Ceux-ci sont chargés d’effectuer des contrôles réguliers sur les marchés et de procéder à la saisie des animaux.

Au Brésil, la détention d’animaux sauvages constitue un délit, excepté lorsque les animaux proviennent de l’un des rares élevages autorisés du pays. Cependant, les prix de vente pratiqués au marché noir étant bien plus bas, bon nombre de personnes qui souhaitent acquérir un animal sauvage le font via ce marché noir, et non pas en s’adressant à une boutique légale. « C’est cette différence de prix qui encourage le trafic », déplore la lieutenante Figueiredo, cheffe du bataillon de la police militaire environnementale de Rio de Janeiro.

Les Centres de Tri d’Animaux Sauvages (CETAS), au nombre de 20 dans le pays, recueillent alors les animaux saisis et les soignent. Les animaux sont en effet très souvent affaiblis et en mauvaise santé, ayant été transportés par les trafiquants dans de minuscules cages, sans eau ni nourriture. En raison de ces conditions de transport, 90 % d’entre eux ne survivraient pas. Les animaux repris aux trafiquants par la police puis recueillis par les CETAS sont pris en charge par des vétérinaires avec pour objectif leur remise en liberté. Malheureusement, seulement 20 à 30 % sont finalement relâchés dans la nature, la majorité d’entre eux étant devenus incapables de survivre seuls. Selon l’ONG de lutte contre le trafic animalier Renctas, 38 millions d’animaux sauvages seraient enlevés à leur milieu naturel de façon illégale au Brésil, ce qui rapporterait deux milliards de dollars par an aux trafiquants.

Des espèces au bord de l’extinction

Le facteur financier contribue par conséquent au marché noir d’animaux exotiques. La manne d’argent considérable que rapporte ce trafic encourage les contrebandiers et les prix bas attirent les acheteurs de tous les continents grâce à l’explosion de la vente d’animaux sur internet. Le facteur culturel, comme l’utilisation de parties d’animaux ou de dérivés d’animaux dans certaines médecines traditionnelles, participe aussi au maintien de ce trafic.

Des ONG telle que le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) œuvrent pour mettre un terme à ce commerce illégal et destructeur en agissant pour la protection des animaux et de leur habitat. Et le temps presse : des animaux sont arrachés à leur milieu naturel, maltraités, et le marché noir met en péril la survie des espèces, certaines se trouvant déjà au bord de l’extinction.

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