Qu’elles soient terrestres ou aquatiques, à graines ou à fleurs, il existe à ce jour plus de 400 000 espèces de plantes décrites ; nombre qui continue de s’accroître avec la découverte chaque année d’environ 2 000 nouvelles espèces (1).

Longtemps considérés comme des organismes passifs tel que le pensait Aristote, les recherches scientifiques menées depuis une trentaine d’années montrent pourtant que les végétaux sont doués de capacités jusqu’alors insoupçonnées : mémoire, proprioception, communication ou encore adaptation à l’environnement, au point même d’évoquer une forme d’intelligence (2) (3).

Alors, connaissons-nous vraiment les plantes ? Sont-elles vivantes ? Et savons-nous bien de quoi elles sont capables ?

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S’il on cherche une définition du terme « plante », on en trouve en réalité un bon nombre, plus ou moins précises. L’une de ses définitions, qui date de la fin du XXème siècle, est aujourd’hui unanime et décrit les plantes comme des « organismes végétaux, majoritairement terrestres, constitués d’une tige feuillée aérienne et ancrée dans le sol » (4). Les plantes comprennent ainsi des variétés aussi différentes que les arbres, les cactus, les algues, les plantes comestibles (les épinards, les carottes, les fraises, etc.), celles dites aromatiques (thym, basilic, menthe, etc.) ou encore les mousses, toutes premières plantes terrestres, qui n’ont pas de racines et se développent sur l’écorce des arbres ou les roches. On trouve donc une multitude de tailles, de formes, d’aspects et de couleurs parmi les végétaux. Et qu’elles nous soient familières ou non, une question se pose souvent : les plantes sont-elles vivantes ?

Afin de faire toute la lumière sur cette interrogation, il est d’abord nécessaire de définir ce qu’est un être vivant. Un être vivant est composé de cellules, unité fondamentale du vivant, et possède « les caractéristiques de la vie par opposition à ce qui est inanimé, inerte » (5). Parmi les capacités fondamentales des êtres vivants, on distingue la capacité de se nourrir, respirer, se développer ou se reproduire, permettant la naissance d’autres êtres vivants et par là même la survie de l’espèce (6). Si l’on reprend ces points, il est indiscutable que les plantes sont vivantes. En effet, celles-ci sont constituées de l’unité de base de la vie, les cellules. De plus, elles se nourrissent, se développent, se reproduisent comme n’importe quels autres êtres vivants tels que les humains (7). Les plantes possèdent aussi la faculté de fabriquer l’énergie nécessaire à leur survie dans l’environnement. Les plantes vertes par exemple utilisent la lumière au cours du processus appelé photosynthèse, afin de créer de l’énergie (8). Elles sont ainsi dotées des caractéristiques propres aux êtres vivants, mais leurs capacités ne s’arrêtent pourtant pas là.

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Les recherches ont montré que les plantes possèdent des sens : vision, odorat, toucher, au même titre que les animaux. Des biologistes ont également découvert que certaines espèces étaient douées de mémoire. Les plantes utilisent cette capacité pour se prémunir de potentielles agressions ou leur permettre au contraire d’assimiler qu’elles ne courent aucun danger dans une situation donnée. Le tremble, par exemple, déclenche l’expression de l’un de ses gènes pendant près d’une semaine après que le vent ait plié ses branches, dans l’éventualité que cela ne se reproduise et pour se protéger de l’agression (9). Autre exemple avec la sensitive qui replie ses feuilles lorsqu’elle sent l’approche d’un danger. Lorsqu’elle est exposée à la pluie pour la première fois, elle va replier ses feuilles, assimilant les gouttes d’eau à un danger. Mais après plusieurs averses, elle comprend que le danger est nul et laisse ensuite ses feuilles ouvertes. On peut comparer cela à une forme d’apprentissage, qui permet à la plante d’anticiper grâce à des situations précédemment vécues (10).

Les plantes peuvent aussi communiquer entre elles par voies chimiques ou sonores pour s’avertir de la présence de prédateurs ou parasites et éviter ainsi que toutes en soient victimes. Elles sont dotées d’une capacité de proprioception, « capacité à percevoir sa position en tout point de la tige » ce qui leur permet de se redresser et garder leur droiture (11). Elles sont en outre sensibles à leur environnement et s’y adaptent, en développant des stratégies pour se nourrir, en s’écartant des autres végétaux pour avoir suffisamment de place ou en poussant vers la lumière, ce qu’on appelle le tropisme des plantes et que Darwin et son fils avaient mis en évidence dès le XIXème siècle (12).

Les plantes sont par conséquent dotées de multiples facultés sensorielles et ne sont pas à comparer à un simple « animal qui dort », comme Buffon le pensait en 1753. Les recherches scientifiques ont mis au jour les capacités surprenantes du monde végétal : apprentissage, communication, stratégie de défense ou encore adaptation aux conditions climatiques, ce qui s’apparente à une forme de cognition et d’intelligence. Cependant, les plantes ne possèdent pas de cerveau au sens d’un seul organe, mais seraient plutôt dotées d’un cerveau diffus, c’est-à-dire réparti sur l’ensemble des cellules et qui leur permettrait de produire et transmettre des signaux électriques (13). Ainsi, la question de la douleur que pourraient ressentir les plantes, en étant mangées par exemple, anime les débats. Les plantes ne possèdent pas de nocicepteurs, récepteurs particuliers qui conduisent à la douleur, mais il ne serait pas impossible qu’elles perçoivent l’altération de leur intégrité via leur capacité de proprioception (14). Il nous reste encore bien des mystères à éclaircir sur ce monde végétal, pas si bête que cela.

Citron vert

Sources :

  1. Steven Bachman, Slate of the World’s Report. 2016, Royal Botanic Gardens, Kew, p. 7/84, 2016
  2. http://www.inra.fr/Chercheurs-etudiants/Biologie-vegetale/Tous-les-dossiers/Sentir-bouger-communiquer-les-plantes-aussi/Sensibilite-et-motricite-coordonnee/(key)/0
  3. Marie Potage, Arnaud Van Holt, « Plantes », Encyclopaedia universalis https://www.universalis.fr/encyclopedie/plantes/
  4. Catherine Lenne, Encyclopaedia universalis
  5. https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/vivant_vivante/82299
  6. https://www.rts.ch/decouverte/sciences-et-environnement/animaux-et-plantes/9409538-qu-est-ce-qu-un-etre-vivant-.html
  7. https://www.rts.ch/decouverte/sciences-et-environnement/animaux-et-plantes/8373263-est-ce-que-les-animaux-et-les-plantes-sont-des-etres-vivants-.html
  8. https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/photosynth%C3%A8se/79404
  9. https://www.science-et-vie.com/questions-reponses/les-vegetaux-sont-ils-doues-de-memoire-11107
  10. https://www.notre-planete.info/actualites/323-intelligence-vegetaux
  11. http://www.inra.fr/Chercheurs-etudiants/Biologie-vegetale/Tous-les-dossiers/Sentir-bouger-communiquer-les-plantes-aussi/Sensibilite-et-motricite-coordonnee/(key)/0
  12. http://www.inra.fr/Chercheurs-etudiants/Biologie-vegetale/Tous-les-dossiers/Sentir-bouger-communiquer-les-plantes-aussi/Sensibilite-et-motricite-coordonnee/(key)/0
  13. https://www.letemps.ch/sciences/plantes-sontelles-animaux-autres
  14. Tassin, J. (2016). À quoi pensent les plantes ? Ed. Odile Jacob, Paris, 155 p.