Avant toute chose, je tiens à signaler que tout ce que je vais décrire ici ne sera que le fruit de mon expérience et de mon regard sur le sujet des relations de couple dans le milieu végane. L’idée n’étant pas de généraliser ou de prétendre que c’est comme cela partout et tout le temps.

Voilà maintenant 5 ans que j’ai mis les pieds dans l’univers de l’alimentation végétale et 4 ans que je côtoie des militant·e·s quotidiennement. J’ai vécu des expériences mais j’ai aussi pu constater des choses à travers les relations des autres militant·e·s que j’ai pu croiser.

Être végane et en couple ? Visiblement, ce n’est pas de tout repos pour tout le monde.


Être en couple en étant végane : pas si évident.

Au début je pensais naïvement que c’était facile d’être en couple avec un·e militant·e. Avoir comme base commune l’antispécisme et donc un mode de vie végane ne pouvait que nous permettre de nous rapprocher beaucoup plus simplement. « Si tu es végane, tu as déjà fait 85 % du travail ». Mais avec le temps, j’ai fini par constater que ce n’était pas si simple que ça

Le premier élément est de se dire que dans le milieu végane, tout le monde n’est pas « encore » végane. Il y a des gens en transition qui sont « encore » végétarien·ne·s ou végétalien·ne·s. Mais ce n’est pas un problème en soi car iels sont déjà éveillé·e·s sur la condition animale et progressent à leur échelle afin d’aller toujours un peu plus loin et de se rapprocher du véganisme.

Il y a au sein de ces antispécistes des militant·e·s et des activistes. Des personnes qui, au-delà de leur mode de vie, tiennent des blogs ou des pages Facebook d’information sur le véganisme et l’antispécisme. D’autres sortent et militent lors des happenings, des Vegan Place, des diverses marches pour la fermeture des abattoirs, de la fin du spécisme ou de la Veggie Pride. Enfin, il y a aussi celles et ceux qui partent bloquer un abattoir ou sauver des animaux dans des lieux où leur singularité n’est pas respectée. Et parfois, certaines de ces personnes font un peu de tout ça à la fois.

Tout ceci nous montre la grande richesse et la diversité des gens au sein de ce milieu, tant par leur mode de vie que par leur façon de penser ou d’agir.

Mais pourquoi mettre en exergue la pluralité de ces individus dans ce milieu ?

Car au-delà de ce qui nous anime et qui nous rassemble, ces diverses personnalités pèsent dans la balance quand il est question de trouver son ou sa partenaire de cœur.

Les critères de sélection.

Il faut déjà constater que dans le milieu végane, il y a énormément de personnalités. Il y a des hommes, des femmes, des personnes hétérosexuelles, gays, lesbiennes, bisexuelles, transgenres, asexuelles, poly-amoureuses, etc. La liste est longue et cela nous montre que contrairement aux sites de rencontres « classiques », les propositions basiques du style « Que recherchez-vous ? Homme/Femme/Bi » sont bien maigres face à la richesse des profils dans le milieu militant

Pour ma part, si je devais définir qui je suis et quelles sont mes préférences, je dirais que je suis un homme recherchant une femme hétérosexuelle (oui je sais, c’est très classique comme profil 😊 ).

J’entends souvent dire que dans le milieu militant il y a plus de femmes que d’hommes. Mais n’oublions pas que le sexe de quelqu’un et son genre sont deux éléments bien distincts, au-delà même de son orientation sexuelle qu’on ne peut pas savoir en regardant le physique de la personne, et sans compter évidemment toute sa personnalité qu’on ne découvrira qu’en communiquant avec elle

Avec le temps, j’ai fini par synthétiser les principaux éléments qui peuvent amener des gens à se rapprocher ou non selon leurs préférences. Ces critères ne sont évidemment pas propres au milieu militant, mais j’ai le sentiment qu’ils prennent une place plus importante que pour des couples carnistes (et comme toujours, cette vision des choses n’engage que moi).

NDLR : je tiens à préciser avant d’entamer les points suivant que tous les critères que je vais citer ci-dessous ne sont en aucun cas des éléments pouvant être pris comme étant négatifs. Seulement des paramètres qui, pour certaines personnes, peuvent être des éléments ne leur donnant pas envie de se rapprocher et de s’engager avec telle ou telle personne selon leur « plan de vie » et leur vision du couple.

  • Il y a tout d’abord l’âge. Un écart n’est pas un problème en soi mais certaines personnes peuvent être amenées à rechercher uniquement des gens de leur tranche d’âge.
  • La situation géographique. Bien que la région parisienne soit un secteur où nous avons la plus grande concentration de véganes (sans compter les innombrables magasins et boutiques en tout genre), tout le monde n’habite pas à Paris.
  • Bien que cela puisse être « étonnant » pour certaines personnes, il y a le mode de vie. J’ai constaté que certain·e·s véganes ne recherchent que des véganes. Une personne végétalienne ou végétarienne étant exclue. On peut le comprendre dans le sens où une personne sensibilisée sur le sort des animaux ne puisse pas accepter dans son quotidien un individu qui comprend cette cause mais qui mange encore des aliments pouvant contenir des œufs, du lait ou du fromage, ou qui ne fait pas attention au produits testés, aux vêtements, etc. Sur ce point, certaines personnes végétariennes/végétaliennes peuvent devenir véganes justement en côtoyant de manière régulière des personnes animalistes. Tout comme j’ai déjà entendu le cas où l’un des deux partenaires carnistes était devenu végane en vivant avec une personne antispéciste.
  • Nous pouvons également citer l’implication dans le militantisme. Ce point est un terrain assez glissant car j’ai pu entendre tellement de sons de cloche qu’il serait assez délicat de tout synthétiser ici.

Pour certaines personnes, faire des actions de manière pacifiste serait une bonne façon d’encourager le véganisme au sein de la société. Comme par exemple tracter, participer à des happenings, tenir des stands d’information, faire des marches, sensibiliser les gens autour de soi, créer des vidéos sur Internet, tenir des blogs d’information, etc.

Pour d’autres, il serait nécessaire d’investir les lieux où les animaux sont exploités et tués, afin de faire plier le système spéciste en bloquant par exemple un abattoir, en se rendant dans les sièges sociaux des grandes marques pour montrer leur désaccord ou en faisant des actions directes dans divers lieux (restaurants ou grandes surfaces par exemple).

Tout cela pour montrer que l’implication personnelle est, pour certain·e·s véganes, un élément capital pour qu’il y ait un coup de cœur.

On pourrait d’ailleurs ajouter un élément qui est que la cause animale passe avant tout le reste au sein du couple. Dans ce cas de figure, toutes formes de loisirs annexes seraient sans intérêt. Aller au cinéma, se faire un resto, prendre le temps de se balader et de se vider la tête un dimanche après-midi… Aux yeux de certaines personnes, ces activités peuvent paraître futiles et toute cette énergie devrait être dirigée sans relâche seulement et uniquement vers la cause animale

  • Dans le milieu végane, j’ai aussi constaté une forte proportion des personnes du sexe féminin à être childfree. Pour beaucoup d’entre elles, avoir un enfant n’est pas envisageable, pour diverses raisons qui leur sont propres et qui sont totalement compréhensibles. J’ai par contre croisé peu de personnes du sexe masculin qui avaient ce même « engouement » à ne pas vouloir d’enfants. Il y en a certes, car je lis parfois certains de leurs commentaires et/ou je croise certains d’entre eux dans la vraie vie. Mais j’ai le sentiment qu’ils sont moins nombreux. Ce qui, je le rappelle à toutes fins utiles, n’est absolument pas une critique mais simplement un constat.
  • Il y aussi des personnes qui peuvent être croyantes et d’autres pas.
  • Un autre domaine est celui de l’orientation sexuelle. J’ai pu découvrir un éventail assez large de profils sexuels dont je ne soupçonnais pas l’existence. Le véganisme étant contre toutes formes de discriminations, ce mouvement est bien évidemment ouvert à la communauté LGBTQI+ et aux innombrables profils sexuels.
  • Il y a aussi évidemment le simple fait que certaines personnes soient déjà en couple ou ne veulent pas se mettre en couple.
  • À tout cela s’ajoutent les éléments « classiques » des critères physiques qui, au-delà de la corpulence, de la taille, de la couleur des yeux ou des cheveux, peuvent toucher des choses comme les tatouages ou les piercings. Il y a le critère des loisirs auxquels s’adonnent la personne, sa mentalité, ce qu’elle écoute comme musique, le style de films qu’elle aime, etc.

De mon point de vue, si en étant carniste la possibilité de trouver son « âme sœur » semble être le parcours du combattant, dans le milieu végane cela pourrait s’apparenter à la recherche du Saint-Graal.

Les sites de rencontre, ça marche ?

De manière beaucoup moins connue que les classiques Meetic, Tinder, AdopteUnMec ou d’autres, il existe quelques sites de rencontre pour les personnes véganes. J’étais pour ma part inscrit pendant quelques temps sur le site Vegaia qui m’a permis de rencontrer des personnes qui aujourd’hui sont des amies. Et depuis quelques temps j’ai découvert la page Facebook Adopte Un-e Végane.

Le moins que je puisse dire, c’est que des célibataires, il y en a. Mais alors comment se fait-il que j’ai le fort sentiment que les couples ne se forment pas aussi vite qu’on pourrait le croire ? Eh bien je pense que c’est justement lié à la très grande richesse des profils existants dans la communauté végane et au côté très cérébral de ce milieu.

Pour prendre un exemple très terre-à-terre et sans aucun jugement de valeur ni rien, un·e carniste qui s’abonnera à un site de rencontre comme Meetic sera dans bien des cas une personne hétéro, bi ou homo, et dont les premiers critères seront physiques, les suivants étant les loisirs, le style vestimentaire, etc. Ce qui en soi n’est déjà pas de tout repos pour trouver un·e partenaire.

Mais si vous ajoutez à cela que dans le milieu végane, il faut être militant·e et/ou activiste, que certaines personnes veulent avoir des enfants mais pas d’autres, que certaines personnes recherchent un profil extrêmement précis d’orientation sexuelle et rien d’autre, que si tu n’es pas tatoué·e et/ou percé·e tu perds déjà en intérêt, que si tu as 5 ans de trop ou 2 ans de moins c’est compliqué, que si tu n’es « que » végétarien·ne/végétalien·ne ça ne collera pas, ou bien que si tu as déjà fréquenté telle ou telle personne « c’est mort, je ne passe pas après lui/elle » ça n’aide évidemment pas à ne plus être seul·e.

Ça a matché avec quelqu’un·e. Et maintenant ?

On pourrait à ce stade se dire qu’on a fait 90 % du boulot si on prend en compte tous les profils qu’on a dû écumer pour trouver UNE personne qui nous attirait. Mais en fait, c’est tout l’inverse. Une fois passé les formalités des premières semaines, il y a 3 écoles (NDLR : cet élément étant une fois de plus basé sur ma vision personnelle)

  • ça marche,
  • ça ne marche pas mais on reste en bons termes,
  • ça ne marche pas et on s’embrouille.

Le premier cas est l’idéal. On a enfin trouvé chaussure à son pied et pourvu que ça dure.

« Démarrer une conversion profonde sur le véganisme avec une personne qui vous comprend. »

Le deuxième point est l’entre-deux. Ça n’a finalement pas collé pour X raisons mais on a su faire la part des choses, restons ami·e·s (pour le peu que les deux parties soient d’accord)

Vient enfin le dernier point, celui qui est le plus embêtant. Le milieu végane étant une communauté plutôt « restreinte » d’individus et étant tous plus ou moins ami·e·s avec les uns et les autres à travers la France (et parfois même jusqu’en Belgique ou chez nos amis les Québécois) il n’est pas rare que les petites histoires se voient relayées par les uns ou les autres. Mais ce n’est pas le point le plus ennuyeux.
L’inconvénient est que nous sommes amené·e·s à nous croiser régulièrement dans divers évènements. De ce fait, il devient difficile d’éviter certains individus que l’on préfèrerait ne pas croiser. Certaines personnes ayant aussi mal vécu la séparation s’adonnent à des commérages afin de discréditer l’autre aux yeux des personnes potentiellement intéressées. Ce qui n’aide pas cet individu concerné à trouver quelqu’un·e. Et c’est là que je relève le point paradoxal de la bienveillance.

Beaucoup de véganes se proclament ainsi bienveillant·e·s et empathiques. Envers les autres animaux, c’est une certitude. Envers les humains, nettement moins, même si cette personne est végane. Le regard devient encore plus critique lorsque la personne a été très proche. Ce qui renforce le côté compliqué pour trouver un·e autre petit·e ami·e.

À toute fin utile, je suis évidemment pour le fait de dénoncer les évènements qui auraient pu porter préjudice à une personne (propos déplacés, harcèlement, attouchement, etc).

« Voici à quoi ressemble une femme végane lorsqu’elle trouve un homme végane. »

J’ai dans le même temps déjà vu des personnes se décourager et ne même plus avoir la volonté de chercher à se mettre en couple. « Si ça doit arriver, ça arrivera ». Nous sommes bien loin de l’époque Peace and Love où les gens semblaient vivre dans la légèreté et n’étaient pas aussi intransigeants.

Avec toutes ces cartes en main on pourrait croire qu’être en couple en étant végane relève d’une utopie. Pourtant, régulièrement je vois des gens en couple, parfois depuis de nombreuses années et de l’autre, je vois des personnes seules qui manifestent leur désir de trouver quelqu’un·e et qui pourtant sont encore célibataires. Je ne suis pas dans la tête de chaque individu pour connaître les raisons de leur célibat. Est-ce voulu ou est-ce une contrainte ? Est-ce dû à une trop grande exigence sur le profil recherché ou bien à l’inverse à ne pas vraiment savoir ce qu’on veut ?

Tout cela ne devrait pas décourager les personnes seules à se montrer davantage ouvertes et peut-être revoir certains de leurs critères à la baisse. À trop pousser le potard sur « Filtrage Max » on finit par passer à côté de gens sérieux qui pourraient certainement s’harmoniser avec nous. N’oublions pas qu’il y a ce que nous sommes à un instant T et ce que nous pouvons devenir si on regarde dans la même direction ensemble.

Hermann Bursa – EmatuM