Reconnaissable à sa silhouette lourde et massive, et à sa caractéristique queue plate et écailleuse, le castor est un animal atypique.

De la famille des Castoridae, le plus gros rongeur d’Europe (Castor Fiber) vit principalement dans le Nord et l’Est de la France et en Eurasie. Son cousin nord-américain  (Castor Canadensis), réside quant à lui du Canada aux États-Unis.

Son régime alimentaire strictement végétarien est composé principalement d’écorces et de branches, mais également de jeunes pousses ou de fruits. Son poids et sa taille varient. Pour le castor commun, cela peut aller de 80 à 120 cm (queue incluse) et de 10 à 35 kg.

Certains de ses comportements, notamment dans ses engagements envers sa famille et son compagnon de vie, mais aussi dans sa façon de communiquer (cris, soupirs, gémissements), le rendent proche de celui des humains.

Il est plus à l’aise dans l’eau que sur terre grâce à ses pieds palmés et à sa longue queue plate.

Grand constructeur de barrages, cet animal plutôt nocturne élabore ces édifices dans le but de préserver son habitat et de se protéger des prédateurs. L’utilisation des ressources naturelles n’a pas de secret pour lui ! Aidé de 4 incisives puissantes et de couleur orange due à la présence de fer dans l’émail, il est ainsi capable de débiter de grandes quantités de bois pour mener à bien ses constructions.

Ses talents d’architecte furent d’ailleurs une des raisons de sa chasse active tant ses activités pouvaient provoquer des dommages dans les peupleraies ou des problèmes d’inondation.

Menacé d’extinction en Europe jusqu’à la fin du 19ème siècle, le castor fut également chassé pour :

  • sa fourrure épaisse et étanche utilisée pour en faire des vêtements
  • sa viande “maigre”, aliment plébiscité dans l’alternance des jours gras, et des jours maigres au Moyen-âge très dépendant des restrictions alimentaires de la religion chrétienne,
  • son castoréum, substance huileuse et odorante, extraite des deux glandes abdominales situées près de l’anus de l’animal (mâle ou femelle). Celui-ci lui permet de s’identifier et de marquer son territoire, mais aussi d’imperméabiliser sa fourrure.

Les techniques de chasse et de piégeage, toutes plus cruelles les unes que les autres, manquèrent de mettre un terme à la présence des castors sur le territoire européen. Interdit de chasse à un niveau local (Gard, Vaucluse et Bouches du Rhône) depuis 1909, il est classé officiellement “espèce protégée” depuis 1968.

Toutefois, de par sa ressemblance avec le ragondin, qui lui est chassé et classé en tant que “nuisible“, le castor est encore parfois accidentellement victime des pièges posés par les chasseurs.

En France, la réintroduction de l’espèce a permis de passer d’une centaine d’individus à plus de 15 000 en un siècle.

Castoréum : quelles utilisations ?

Le premier à évoquer le castor et le castoréum aurait été un historien et géographe grec du nom d’Hérodote (-480 à -425 av. JC).

Puis, vers la fin du IVème siècle, il fut mention de l’utilisation du castoréum dans les médications d’un certain Marcellus Empiricus, médecin de l’empereur Théodose 1er.

La confusion entre les glandes à castoréum et les testicules de l’animal donna même naissance à une fable racontant que le castor, pour échapper à ses poursuivants, s’arracha lui-même ces parties de son anatomie et les abandonna aux chasseurs, sauvant ainsi sa vie.

Cette légende, bien que tenace durant de nombreux siècles, n’est en aucun cas le reflet de la réalité, tant le pauvre castor se voit chasser avec acharnement soit pour sa fourrure, soit pour sa graisse, sa viande ou son castoréum.

En médecine

Cité dans les textes médicaux de l’époque Byzantine, le castoréum, auquel on attribue de nombreuses vertus, est très utilisé en médecine de l’Antiquité au XVIIIème siècle.

Il fut indiqué dans le soin des affections suivantes (liste non exhaustive) :

  • plaies ou blessures,
  • épilepsie,
  • fièvre,
  • maladie de l’utérus,
  • maux de tête (la présence d’acide salicylique dans le castoréum rend crédible l’efficacité du castoréum dans ce cas).

De nos jours, le castoréum n’est plus très utilisé en médecine, mais on le retrouve encore dans des traitements homéopathiques par exemple.

En parfumerie

Utilisé comme de nombreuses autres substances animales telles que l’ambre gris (issu du cachalot), le musc (issu de glandes de certains mammifères) ou encore la cire d’abeille, le castoréum l’est heureusement de moins en moins car cela implique de tuer l’animal.

Les progrès de l’industrie chimique ont réussi à créer un dérivé synthétique très similaire au castoréum naturel.

Néanmoins, celui-ci ne restituant pas toute la finesse de l’original avec ses notes de cuir et de fourrure, de nombreuses marques de parfum lui préfèrent encore la matière naturelle.

À savoir, le castoréum est également utilisé pour parfumer les cigarettes et contribuer à leur saveur.

Dans l’alimentation

Oui, oui, vous avez bien lu, le castoréum se retrouve aussi dans notre nourriture ! Mais par quel miracle, me direz-vous ?

Le castoréum, une fois dilué, devient moins agressif olfactivement et prend une délicate senteur proche de celle de la vanille. Il n’en fallait pas plus aux industriels pour s’emparer de la substance et la glisser dans divers produits comme les glaces, les desserts et les bonbons par exemple.

Cet additif alimentaire, reconnu comme sûr par la FDA (Food and Drug Administration), est le plus souvent utilisé en tant que “arôme naturel” dans les desserts au goût vanille principalement mais peut également être présent pour rehausser les saveurs fraise ou framboise.

Pour être sûr d’éviter le castoréum, ne faites confiance qu’à la mention “extrait naturel de vanille”.

En conclusion

À ne pas confondre avec castor oil, qui est le nom anglais de l’huile de ricin, le castoréum, bien que moins employé de  nos jours, est néanmoins toujours présent dans divers produits de grande consommation et est loin d’être le seul produit animal utilisé dans l’industrie alimentaire ou cosmétique.

Quelle solution pour éviter ce genre d’additif ? Privilégier une alimentation végétalienne et bio, et bien lire les ingrédients sur les étiquettes.

S@WiTi