Le cuir, fabriqué à partir de la peau d’animaux, est utilisé dans de nombreux domaines, de l’habillement à l’ameublement en passant par la décoration. L’industrie du cuir pose toutefois des problèmes humains, éthiques et environnementaux : utilisation de produits cancérigènes, souffrance et exploitation animale, consommation excessive d’eau,  rejet de déchets dans les rivières avoisinants les tanneries… Depuis plusieurs années, des alternatives végétales à cette matière d’origine animale voient le jour et offrent des possibilités plus respectueuses des humains, des animaux et de l’environnement, pour se vêtir et aménager son intérieur. Nous allons voir quelques unes de ces alternatives innovantes.

Le Piñatex® : le cuir d’ananas

Le Piñatex®, de l’espagnol « piña  » qui signifie « ananas », est issu des déchets de la production d’ananas puisqu’il est fabriqué à partir des fibres des feuilles de ce fruit. L’espagnole Carmen Hijosa, consciente des problèmes humains et écologiques de l’industrie du cuir animal pour en avoir été employée, a eu l’idée en 2008 de recycler ces fibres après avoir vu aux Philippines une tunique traditionnelle en tissu de feuilles d’ananas tissé. Elle a ainsi mis au point le Piñatex®, à la fois léger et robuste, qui peut se colorer et dont le prix est inférieur de près de 20 % à celui du cuir animal. Des atouts qui permettent de le trouver dans la fabrication de chaussures, accessoires de mode, objets d’ameublement ou dans le secteur de la maroquinerie.

  • Ananas Anam : société qui distribue le Piñatex®.
  • Nae : marque portugaise de chaussures.
  • Votch : marque anglaise de montres.

Le muskin : le cuir de champignon

Ce cuir 100 % végétal est fabriqué par l’entreprise italienne Grado Zero Espace. Il est tiré du chapeau de champignons, d’où son nom de « muskin », contraction de « mushroom » (champignon) et de « skin » (peau). Il est entièrement biodégradable et ne contient aucune substance chimique ou toxique, ce qui ne pose aucun problème pour un contact direct avec la peau. On peut ainsi l’employer pour la fabrication de vêtements, d’accessoires de types ceintures ou sacs, de bijoux tels des bracelets ou même pour les semelles de chaussures.

Chaussures fabriquées par Grade Zero Espace

Le cuir de liège

Le liège est issu des chênes-lièges dont on récupère la couche externe des écorces. Celles-ci sont enlevées sans blesser l’arbre, puis coupées, transformées en fines feuilles avant d’être triées, poncées, chauffées et enfin assemblées à une sous-couche de papier ou de carton pour obtenir du cuir de liège. Ce matériau est indéchirable, en plus d’être imperméable et de constituer un bon isolant thermique. La matière est écologique, tout comme le processus de fabrication puisque les chênes-lièges dont on récolte l’écorce captent deux fois plus de CO2 que les autres arbres. Ils ne sont de plus pas abattus. Le Portugal est l’un des principaux fournisseurs de liège avec ses immenses forêts de chênes-lièges, qui est une espèce protégée (4).

  • Artisans du liège : site français de vente de sacs, bijoux, accessoires… provenant directement de fabricants.
  • Karmiliège : marque Française de maroquinerie et bijoux.
  • Stéphanie Valentin : créatrice d’une collection de textile et maroquinerie.
Créations de Stéphanie Valentin

La bio couture

Ce procédé encore peu connu est en pleine expérimentation mais s’avère très prometteur. Il consiste à utiliser la capacité des bactéries à se développer pour créer un tissu organique comparable à du cuir végétal. Mis au point par la styliste Suzanne Lee qui s’est inspirée du kombucha, boisson à base de thé sucré à laquelle est ajouté un mélange de levures et de bactéries, le procédé permet de « cultiver » des tissus en deux à trois semaines.

  • Pour apprendre à cultiver de la cellulose bactérienne ou du thé kombucha.
  • Tutoriel inspiré des travaux de Suzanne Lee pour produire des tissus en fibre de cellulose bactérienne.
Prototypes fabriqués par Suzanne Lee

Le cuir d’eucalyptus

Le cuir d’eucalyptus est né de l’envie du créateur allemand Fabian Stadler de porter des vêtements plus respectueux des animaux et de l’environnement. Il a ainsi choisi de travailler l’eucalyptus en raison de sa longévité et de sa grande résistance. Il a commencé par créer des ceintures sous sa marque Noanifashion, contraction de “no animal fashion” (“pas de mode animale”). Au vu du succès rencontré, il vient de s’associer à Carmen Hijosa (cf « Le Pinatex ® ») pour fabriquer des sacs en fibres d’ananas.

Marque Naonifashion par Fabian Stadler

Le Barktex® : le cuir de figuier

Il s’agit d’un tissu tiré de l’écorce d’un figuier d’Afrique de l’Ouest, le Mutaba, utilisé à l’origine pour la fabrication des vêtements de la famille royale de l’un des anciens royaumes de l’Ouganda. Il serait le plus ancien textile de l’humanité. À ce titre, sa production artisanale a été déclarée en 2005 « chef-d’œuvre du patrimoine culturel oral et immatériel » par l’UNESCO et inscrite en 2008 sur la liste des biens culturels du patrimoine mondial immatériel.
Comme pour le liège, l’écorce des figuiers est récupérée sans abattage des arbres. Elle est soumise à différents procédés qui constituent au final la base d’une large gamme de textiles et de composites.

Chaussures en Barktex®

Le cuir de raisin

La société italienne Vegea voulait créer une alternative au cuir animal : les nombreuses vignes du pays lui ont alors donné l’idée de transformer les déchets de la fabrication du vin que constituent la tige, la peau et les pépins de raisins. C’est ainsi qu’est née une matière très résistante et tout aussi écologique qu’innovante. Au vu des 7 milliards de kilos de déchets produits chaque année dans le monde par l’industrie viticole, Vegea estime à 3 milliards de mètres carrés le potentiel de production de cuir de raisin. Toute nouvelle alternative végétale au cuir animal, le cuir de raisin ne tardera certainement pas à être rapidement commercialisée.

Cuir de raisin par Vegea

Il existe d’autres alternatives végétales au cuir animal comme le cuir de paille ou le latex végétal. Soucieux d’innover pour se tourner vers plus d’éthique et d’écologie, les acteurs de ces initiatives n’ont de cesse de créer de nouveaux matériaux prometteurs.

Citron vert