Nous avons tous vu au moins une fois au cours de notre vie, un petit poisson rouge tourner dans son bocal.
Nous avons approché notre visage de la vitre et nous avons tapoté du bout du doigt pour capter l’attention de ce petit être, si différent de nous, qui évolue avec tant d’aisance dans le milieu aquatique.
Et puis, nous sommes passés à autre chose, laissant le petit captif à son triste sort.

Qui es-tu, poisson rouge ?

Cyprin doré – Carassius Auratusou poisson rouge pour sa forme domestique, est un poisson d’eau douce trouvant ses origines en Europe et en Chine. Sa forme sauvage est d’un gris doré, mais les élevages ont donné naissance à différentes variétés (une vingtaine pour les principales).

Grégaire, il évolue en bancs et peut vivre entre 20 et 30 ans dans des conditions de vie optimales (dans un aquarium adapté ou dans un bassin extérieur).

Crédits Mashable

Adulte, sa taille varie entre 15 et 40 centimètres.

Au vu de ces informations, on peut alors se questionner quant au bien-être et au respect des besoins vitaux d’un poisson détenu dans un bocal.

Une prison de verre

Pour pouvoir se développer et évoluer dignement, le poisson rouge a besoin d’un minimum de 50 litres d’eau par individu. Un bocal contenant en moyenne entre 10 et 20 litres, nous sommes loin du compte.

Oui, mais ils n’ont pas l’air si malheureux dans leur bocal, me direz-vous. C’est sûr que si l’on considère qu’une vie passée à tourner en rond dans un lieu totalement inadapté à ses besoins physiologiques est la panacée, alors oui, on peut se voiler la face et se dire qu’ils sont heureux.

Métaphore du poisson rouge dans un verre de vin, via Pixabay.

Un point s’impose donc sur ces conditions de vie et leurs conséquences sur les poissons :

  • Le manque d’oxygène ou hypoxie : dans un si petit volume d’eau, l’oxygène vient à manquer rapidement, provoquant chez le poisson diverses réactions qui doivent alarmer : lenteur ou immobilité, “pipage” de l’air à la surface, mouvements saccadés des branchies ou même tentatives de sauts hors du bocal.
  • La forme ronde du bocal est totalement inadaptée : les ondes se répercutent sans arrêt car il n’y a aucun angle pour les casser. Le poisson vit donc dans un stress permanent dû à l’effet de cloche du rebond des ondes provoquées par ses propres mouvements ou par des bruits extérieurs. Malgré sa mauvaise vue, l’effet loupe du bocal le fera nous percevoir comme de potentiels dangers quand nous nous approchons de lui. Cette vision doublée avec notre petit tapotage du doigt sur le bocal, je vous laisse imaginer l’effet provoqué. Toutes ces sources de stress agissent sur son système immunitaire, le rendant plus fragile face aux maladies.
  • L’impossibilité d’installer un filtre dans un bocal : omnivore, le poisson rouge rejette des déjections dans les 3 à 5 minutes après le repas. Autant dire que l’eau se trouve rapidement saturée en déchets et en ammoniaque présente dans les urines. Seul un système de filtre serait à même d’envoyer de bonnes bactéries destinées à détruire ces déchets, ce qui est impossible dans un bocal. Le poisson évolue donc dans un environnement totalement pollué et néfaste à sa santé.
  • Les variations de température : dans un si petit volume d’eau, la température peut changer très rapidement, créant un nouveau stress pour l’habitant qui a besoin d’un environnement stable à environ 23°C.

Vous n’êtes pas encore convaincu.e ?

Passons alors au gros du dossier au cas où les nombreuses raisons évoquées ne vous auraient pas encore donné envie de courir libérer votre poisson rouge.

Posons-nous la question suivante : comment se fait-il qu’un poisson qui peut atteindre jusqu’à 40 centimètres en bassin, puisse se restreindre à quelques centimètres dans un bocal ?

Un miracle d’adaptation de la nature, qui est vraiment sympa d’avoir pris en compte que l’humain aurait un jour envie d’enfermer des poissons dans des bocaux !

En effet, il s’agit bien pour le poisson de s’adapter à un milieu inapproprié, mais cela n’a rien d’un miracle.

La nanification du poisson

Le manque d’espace va provoquer un arrêt de la croissance. La nature a prévu cette possibilité en cas de danger ou de manque de nourriture pour une courte période, dans le but de sauver la vie du poisson.

Mais en bocal, la période dure longtemps et les conséquences de ce procédé sont dramatiques.

Les organes internes, moins affectés par la nanification, continuent de grandir provoquant des douleurs horribles.

Les nageoires se déforment, le poisson est craintif et très sensible aux maladies.

Cette torture silencieuse est la raison majeure de la mort prématurée de ces petits captifs.

Muet, muré dans sa souffrance, le poisson subit des conditions de vie déplorables qui le mèneront irrémédiablement à la mort.

La souffrance des poissons

En 2003, une étude britannique démontrait la présence de 58 nocicepteurs chez les poissons, les rendant réactifs à la douleur :

Les chercheurs, dirigés par le Dr Lynne Sneddon, affirment que les “profonds changements comportementaux et physiologiques” démontrés par la truite après exposition à des substances nocives sont comparables à ceux observés chez les mammifères supérieurs.

Décriées du fait de l’absence de néocortex chez les poissons, ces réactions à la douleur seraient dues à un réflexe plus qu’à un véritable ressenti de la douleur.

Les études scientifiques menées jusqu’à ce jour présentent des réactions à certains types de douleurs, qui même si elles restent sujettes à controverse, ne peuvent nous soustraire à la question éthique de la séquestration d’un animal hors de ses conditions naturelles et idéales de vie.

Libérons-les, mais pas n’importe comment

Si après la lecture de cet article, vous avez envie de libérer Bubulle de sa prison, voici quelques conseils pour lui offrir un cadre de vie approprié.

Via Unsplash

L’idéal sera de le libérer dans le bassin d’un particulier où il pourra évoluer dans un volume d’eau suffisant.

Attention à ne pas le relâcher n’importe où afin de protéger l’écosystème.

Le poisson rouge s’adapte aussi bien au gel qu’aux fortes chaleurs si celles-ci se font graduellement. Il pourra se nourrir d’algues et d’insectes et profiter de la vie qu’il mérite.

Si vous ne connaissez personne qui pourrait accueillir le poisson à sauver, sachez que l’Association Française du Poisson Rouge propose de mettre en relation des particuliers pour trouver un.e adoptant.e qui pourra lui offrir les conditions de vie adéquates.

C’est à vous de jouer

Vous avez toutes les cartes en mains pour convaincre ceux qui détiennent des poissons en bocal ou dans un aquarium trop petit de les libérer.

Une pétition est à signer également pour interdire la vente du bocal à poisson rouge.

Pour que l’expression “être heureux comme un poisson dans l’eau” retrouve tout son sens, agissons pour l’abolition de ces prisons de verre.

S@WiTi